🏢 Bail commercial : la clause d’augmentation automatique du loyer rĂ©putĂ©e non Ă©crite (Cass. 3e civ., 3 septembre 2026)

Référence : Cour de cassation, 3e chambre civile, 3 septembre 2026, n° 25-14.904, publié au Bulletin — consulter la décision sur courdecassation.fr

De très nombreux baux commerciaux comportent une clause prĂ©voyant une augmentation automatique du loyer chaque annĂ©e, indĂ©pendamment de tout indice officiel. Par un arrĂŞt très attendu du 3 septembre 2026, la troisième chambre civile de la Cour de cassation vient de porter un coup d’arrĂŞt Ă  cette pratique rĂ©pandue. Le cabinet Ribeiro, avocat droit immobilier Nice, revient sur cette dĂ©cision et sur ses consĂ©quences concrètes pour les bailleurs comme pour les locataires commerciaux. PubliĂ© au Bulletin, cet arrĂŞt pourrait avoir des rĂ©percussions financières importantes sur de nombreux baux actuellement en cours.

1/ Les faits

Deux bailleurs avaient donnĂ© Ă  bail commercial une chambre au sein d’un Ă©tablissement d’hĂ©bergement pour personnes âgĂ©es dĂ©pendantes (EHPAD), exploitĂ© par une sociĂ©tĂ© locataire. Le contrat de bail commercial stipulait une clause selon laquelle « le loyer serait rĂ©visĂ© chaque annĂ©e au 1er janvier, avec une garantie d’augmentation nette de 1,5 % par an », sans rĂ©fĂ©rence Ă  un indice officiel, sans plafond, et sans limite de durĂ©e.

Après plusieurs annĂ©es d’application de cette clause, la sociĂ©tĂ© locataire a contestĂ© la validitĂ© de cette augmentation automatique et rĂ©clamĂ© la restitution des sommes versĂ©es en trop au titre des loyers. La cour d’appel de Lyon, dans un arrĂŞt du 13 mars 2025, avait donnĂ© raison aux bailleurs en validant la clause litigieuse : ceux-ci se voyaient ainsi autorisĂ©s Ă  percevoir, annĂ©e après annĂ©e, un loyer mĂ©caniquement majorĂ© de 1,5 %, sans aucun rapport avec l’Ă©volution rĂ©elle du marchĂ© locatif ou des indices publiĂ©s. L’affaire a Ă©tĂ© portĂ©e devant la Cour de cassation.

2/ La question posée à la Cour de cassation

Une clause de bail commercial prĂ©voyant une augmentation automatique, forfaitaire et pĂ©riodique du loyer, sans rĂ©fĂ©rence Ă  un indice officiel, sans plafond et sans limite de durĂ©e, peut-elle valablement fixer le prix du bail commercial ? Ou constitue-t-elle en rĂ©alitĂ© une clause de rĂ©vision du loyer qui doit alors respecter les règles d’ordre public du statut des baux commerciaux, sous peine d’ĂŞtre rĂ©putĂ©e non Ă©crite ?

3/ La solution de la Cour de cassation

La Cour de cassation casse l’arrĂŞt de la cour d’appel de Lyon. Elle retient qu’une clause stipulant une augmentation « pĂ©riodique, automatique et forfaitaire » du loyer, sans plafond ni limite de durĂ©e, ne fixe pas le prix initial du bail commercial mais organise en rĂ©alitĂ© une rĂ©vision automatique et exclusivement Ă  la hausse du loyer.

Or, la rĂ©vision du loyer des baux commerciaux est strictement encadrĂ©e par des règles d’ordre public, notamment les articles L. 145-37 Ă  L. 145-39 du code de commerce. Ces textes imposent un dĂ©lai minimal de trois ans entre deux rĂ©visions (la rĂ©vision lĂ©gale triennale) et, en cas de clause d’Ă©chelle mobile, exigent que la variation du loyer soit indexĂ©e sur un indice officiel tel que l’indice des loyers commerciaux (ILC) ou l’indice des loyers des activitĂ©s tertiaires (ILAT), avec un jeu rĂ©ciproque Ă  la hausse comme Ă  la baisse.

Une clause qui Ă©chappe Ă  ce cadre — en particulier en excluant toute rĂ©ciprocitĂ© puisqu’elle ne joue qu’Ă  la hausse, jamais Ă  la baisse, et en s’affranchissant de toute rĂ©fĂ©rence Ă  un indice — fait Ă©chec aux droits que le locataire tient de ces dispositions d’ordre public. Elle est donc rĂ©putĂ©e non Ă©crite, en application de l’article L. 145-15 du code de commerce, qui sanctionne toute clause ayant pour effet de faire Ă©chec aux dispositions protectrices du statut des baux commerciaux.

📌 LE PRINCIPE DÉGAGÉ PAR LA COUR DE CASSATION

« Est rĂ©putĂ©e non Ă©crite la clause d’un bail commercial qui stipule une augmentation pĂ©riodique, automatique et forfaitaire du loyer, sans plafond ni limite de durĂ©e, dès lors qu’elle ne fixe pas le prix initial du bail mais organise une rĂ©vision du loyer exclusivement Ă  la hausse, en mĂ©connaissance des règles d’ordre public des articles L. 145-37 Ă  L. 145-39 du code de commerce. »

Trois critères cumulatifs se dégagent de cet arrêt pour identifier une clause à risque :

  • Le caractère accessoire de la stipulation par rapport au loyer initial fixĂ© au bail ;
  • L’automaticitĂ© et le caractère forfaitaire de l’augmentation, indĂ©pendante de tout indice ;
  • L’absence de plafond ou de limite de durĂ©e Ă  cette augmentation.

L’affaire a Ă©tĂ© renvoyĂ©e devant la cour d’appel de Lyon, autrement composĂ©e, pour chiffrer la restitution due par les bailleurs Ă  la locataire.

4/ Les enseignements pratiques de cet arrĂŞt

Pour les bailleurs commerciaux

Il est indispensable de vĂ©rifier dès maintenant la rĂ©daction de vos clauses de rĂ©vision de loyer. Une clause d’augmentation ne peut valablement fonctionner de façon automatique que si elle constitue un mĂ©canisme d’indexation conventionnelle rĂ©ciproque, faisant rĂ©fĂ©rence Ă  un indice officiel (ILC, ILAT ou indice du coĂ»t de la construction) et jouant aussi bien Ă  la hausse qu’Ă  la baisse. Ă€ dĂ©faut, la rĂ©vision lĂ©gale triennale reste la seule voie sĂ©curisĂ©e. En cas de clause invalidĂ©e, les sommes perçues en trop pourront devoir ĂŞtre restituĂ©es, avec un risque de contentieux rĂ©troactif portant sur plusieurs annĂ©es de loyer. Les bailleurs institutionnels ou multipropriĂ©taires, notamment dans des secteurs comme les EHPAD, les commerces de centre-ville ou les bureaux, ont tout intĂ©rĂŞt Ă  faire auditer leur portefeuille de baux commerciaux sans attendre.

Pour les locataires commerciaux

Si votre bail comporte une clause d’augmentation automatique et forfaitaire du loyer, sans indexation sur un indice officiel ni plafond, vous pouvez potentiellement en contester la validitĂ© et demander la restitution du trop-perçu. Attention toutefois aux dĂ©lais : l’action en restitution de sommes indĂ»ment versĂ©es reste soumise Ă  la prescription de droit commun de cinq ans, il convient donc d’agir rapidement dès la dĂ©couverte de la clause litigieuse. Faites impĂ©rativement vĂ©rifier votre bail par un avocat spĂ©cialisĂ© en droit immobilier avant d’engager une action ou de nĂ©gocier le renouvellement de votre bail commercial, afin d’Ă©valuer prĂ©cisĂ©ment vos chances de succès et le montant potentiellement rĂ©cupĂ©rable.

5/ Ce qu’il faut retenir

  • Une clause de hausse automatique et forfaitaire du loyer, sans indice ni plafond, est rĂ©putĂ©e non Ă©crite dans un bail commercial.
  • Les règles de rĂ©vision du loyer commercial sont d’ordre public : elles ne peuvent ĂŞtre Ă©cartĂ©es par une clause contraire, mĂŞme librement acceptĂ©e par les deux parties Ă  la signature du bail.
  • Le locataire peut demander la restitution des loyers indĂ»ment perçus, dans la limite de la prescription de cinq ans.
  • Les bailleurs doivent impĂ©rativement revoir leurs modèles de bail commercial pour sĂ©curiser leurs clauses de rĂ©vision et Ă©viter un contentieux coĂ»teux.
  • Cet arrĂŞt, publiĂ© au Bulletin, a vocation Ă  s’appliquer Ă  de nombreux baux en cours, en particulier dans les secteurs mĂ©dico-social, du commerce et des bureaux.

👉 Vous ĂŞtes bailleur et vous vous demandez si votre clause de rĂ©vision de loyer est juridiquement sĂ©curisĂ©e ? Vous ĂŞtes locataire commercial et pensez avoir payĂ©, annĂ©e après annĂ©e, un loyer excessif au regard d’une clause d’augmentation automatique ? Ou vous nĂ©gociez actuellement le renouvellement d’un bail commercial et souhaitez Ă©viter ce type de piège contractuel ?

Le cabinet de Me Ribeiro de Carvalho, avocat en droit immobilier Ă  Nice, vous accompagne dans l’analyse de vos baux commerciaux, la sĂ©curisation de vos clauses de rĂ©vision de loyer et, le cas Ă©chĂ©ant, dans les actions en restitution devant les juridictions compĂ©tentes. Fort de son expĂ©rience en tant qu’avocat droit immobilier Nice, le cabinet intervient aussi bien auprès des bailleurs institutionnels que des locataires commerciaux souhaitant faire valoir leurs droits.

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